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Liège-Bastogne-Liège challenge

Il paraît que seuls les imbéciles ne changent pas d’avis. C’est peut-être pour cela que François et moi, 3 ans après avoir juré de ne jamais refaire Liège-Bastogne-Liège, étions à nouveau sur la ligne de départ de la « Doyenne des Classiques » en ce 21 avril. Mais cette fois-ci, nous étions accompagnés de Baptiste, dit Pattyn Junior, défiant du haut de ses 27 ans ce monument du cyclisme.

Mais avant cela, nous avions pu profiter d’une agréable nuit et d’un petit-déjeuner frugal chez Moniek, à base de pâté, fromage, croissants, œufs durs et tarte aux fraises, faisant honneur à la réputation de générosité de nos amis d’outre-Quiévrain.

© Astérix chez les belges

© Astérix chez les belges

7 heures. Nous voilà sur la ligne de départ. Devant nous, 274 km nous attendent. Il est trop tard pour faire demi-tour, et nous voilà partis sous un soleil qui ne nous quittera pas.

Dès la sortie de Liège, les choses sérieuses commencent. Les côtes s’enchaînent, les pelotons se font et se défont au fil des difficultés. Baptiste gère son effort d’une main de maître, François l’accompagne avec sagesse et bienveillance, et je les quitte rapidement aspiré par les groupes de Flamands.

Kilomètre 43 : premier ravitaillement à Bosson et regroupement. Après avoir englouti quelques gaufres, on repart en direction du sud. Toujours aucune difficulté répertoriée, pourtant, j’ai l’impression de n’avoir fait que grimper. Les longs toboggans rectilignes pourraient nous assoupir, mais les routes cabossées de Wallonie nous rappellent sans cesse qu’il faut rester sur nos gardes.

Kilomètre 96 : ravitaillement à Bastogne. Un tiers du parcours de bouclé. Un tiers seulement. Et toujours pas de grosse difficulté, pourtant, les GPS annoncent déjà près de 1 000 mètres de dénivelé. Dans cette région chargée d’histoire, les kilomètres s’enchaînent presque facilement, tant nous sommes grisés par la beauté des paysages verdoyants des Ardennes.

Kilomètre 133 : ravitaillement à Gouvy. Ça y est, les véritables hostilités ont commencé avec la côte de Saint-Roch, plus d’un kilomètre à 13 % de moyenne avec des passages à 20 %. On avale quelques sandwichs, et on reprend la route. On se perdra rapidement, et on ne se retrouvera plus avant Liège.

Ravitaillement sous le soleil de Gouvy.

Ravitaillement sous le soleil de Gouvy.

Kilomètre 183 : ravitaillement à Malmédy. Le soleil cogne et nous étourdit. Les difficultés s’enchaînent. La côte de la ferme Libert nous met KO et donnera des vertiges à François. On enchaîne le col du Rosier, le col du Maquisard, la mythique côte de la Redoute… Dans les pelotons improvisés, ça parle néerlandais, anglais, italien, allemand, français. On ne se comprend pas tous, mais tout le monde tire la langue sous ce soleil de plomb.

Kilomètre 235 : ultime ravitaillement à Sprimont. Il ne reste plus que 40 km, mais non des moindres. La côte de la Roche-aux-Faucons me met au supplice, et celle de Saint-Nicolas m’achève. Les pelotons ont disparu depuis longtemps, et ça roule le plus souvent à deux ou trois. Le retour dans Liège ressemble à un long chemin de croix. Pourtant, dans la côte d’Ans, on repense à toutes nos idoles qui ont brillé ici, et on retrouve un dernier sursaut d’énergie pour écraser les pédales.

Je boucle les 276 km (et les quelque 4 000 m de dénivelé) en 10h15. Baptiste et François termineront côte à côte une petite heure plus tard. Il n’y a plus l’ombre d’un doute : les gènes de grimpeur se transmettent de père en fils chez les Pattyn.

Et cette fois-ci, on se l’est juré : c’est la dernière fois qu’on fait Liège-Bastogne-Liège